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«Rideau» d’Alexandre Loye
4 au 25 mai 2017 art&fiction
Avenue de France 16, 1004 Lausanne
EXPOSITION

Alexandre Loye dans une nouvelle exposition conçue sur mesure pour le kiosque d'art&fiction de l'avenue de France. Ses carnets, dessins, croquis, textes manuscrits seront présentés à cette occasion. Nous vous convions au vernissage de cette exposition le mercredi 3 mai 2017, dès 18h30. Apéritif, discussion et signatures sont au programme.

Une soirée lecture est également organisée dans le cadre de cette exposition le 18 mai à 19h à l'avenue de France.

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Rideau est une exposition-piège. L’installation conçue par Alexandre Loye n’est pas ce qu’elle semble être au premier abord: un joujou joyeux pour spectateurs en mal de patience et avide d’interaction.
Il vous faudra sans doute revenir ici plus tard pour prendre la mesure de la chose. Tirer tranquillement ou relâcher précautionneusement les petites ficelles pour voir apparaître et disparaître les peintures. La première chose qui s’opère, c’et une légère dilatation du temps: manipulation, apparition, approche, choix de l’étape suivante. Les instructions de Loye sont claires: en phase d’attente, seule une peintre doit être visible, celle intitulée «Identité».
Après la dilatation temporelle, se joue un écart sur les échelles: la peinture apparaît par un mécanisme précis, mais délicat; et on fut ainsi descendre le soleil noir de la mélancolie en triturant la cordelette qui n’a rien à avoir avec la corde du pendu, mais bien plus avec le piège à souris.
On pense au théâtre aussi, comme le titre de l’exposition nous y invite. Un théâtre miniature où se joue une pièce en huit tableaux — ou plutôt en 720 tableaux si on compte les variantes possibles de composition à l’aide des six ficelles. Comme le disait Mallarmé, c’est au théâtre seulement que se célèbre l’office entier, humain, de la poésie (Je cite Thibaudet). On pourrait dire que Loye cherche ici pour la peinture un équivalent à ce qu’est le théâtre pour la poésie: un lieu ou l’on entre collectivement, où l’on officie l’ensemble, et il utilise dans ce but une partie des outils du théâtre, le décor, les guindes, les poulies, et généralement toute la coulisse.
La pièce qui se joue n’est pas tout à fait muette: elle peut s’intituler «arbre-debout-chance» ou «le soleil-derrière la vitre-méfiance» suivant l’association des peintures choisies. Il y a du drame, de l’action: lorsqu’on constate que le fil qui fait disparaître «Identité» fait apparaître «Poing», ou que ce fil fait descendre «Chance» et monter «Méfiance».
Il faut maintenant s’approcher des peintures, bien sûr, et elles nous semblent neuves tout d’un coup, chargées de temps; on a soupesé leur poids, on envisage leur volume, leur existence d’objet — et l’image qu’elles proposent devient plus lourde de sens. Mais à l’inverse d’un deus ex machina, l’image qui surgit ne résout pas la situation. Au contraire, elle met en relief la lutte de la peinture entre son statut d’image et son statut d’objet. C’est peut-être à ça que sert cette machinerie: à nous rappeler que lorsque les images ont du poids, on les nommes peintures.