PETIT INTERVIEW INTEMPESTIF


SARAH HILDEBRAND, par Jean-Paul Gavard-Perret

Qu'est-ce qui vous fait lever le matin? Parfois dans un élan, je me lève pour noter une idée ou esquisser un projet. Des fois, j'ai de la peine à me lever à trouver l'entrain de construire ma journée. Souvent, je me lève avec envie de découvrir ce qui va se passer aujourd'hui.

Que sont devenus vos rêves d'enfant? En toute sincérité, enfant je rêvais d'être secrétaire ou mannequin. J'ai été secrétaire pour financer mes études. Je pose de temps en temps pour un ami photographe. Je ne crois pas que nos rêves d'enfant soient toujours les plus beaux. Ceux qui me portent, sont mes grands rêves d'adulte.

A quoi avez-vous renoncé? J'ai renoncé à correspondre à un rôle de femme, de fille et d'épouse. Pour devenir toujours plus, à chaque instant, moi-même.

D'où venez-vous? Je ne sais pas, j'ai longtemps cherché, puis j'ai remplacé la question par: Où est ma maison? Et j'ai enfin trouvé.

Qu'avez-vous reçu en dot? J'ai reçu de l'endurance, une force intérieure, une envie de vivre, du courage et de grands yeux bleu-vert.

Qu'avez vous dû «plaquer» pour votre travail? J'ai laissé derrière moi l'image de l'artiste, la vie de l'artiste comme je me l'imaginais, afin d'être et de travailler tout simplement.

Un petit plaisir – quotidien ou non? Dans la matinée ou en début d'après-midi, un thé vert ou un chai dans un café sympa, j'observe les clients attablés, je lis le journal, je pends des notes dans mon carnet. Ou bien je m'ennuie et je me laisse inspirer.

Qu'est-ce qui vous distingue des autres artistes? Qu'est-ce qui me distingue d'une autre personne? Peut-être que je n'ai jamais renoncé à réaliser mes rêves malgré mes peurs et les obstacles. Qu'est-ce qui me distingue d'un autre artiste? J'aime porter des collants rouges, oranges, bleus, verts et des écharpes assorties.

Où travaillez vous et comment? J'écris dans les cafés. Je photographie à l'extérieur. Je dessine dans mon atelier, parfois couchée sur la grande feuille de papier.

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant? Debussy et Sigur Rós. Des «Hörspiele» (pièces radiophoniques) en allemand et Daniel Mermet, «Là-bas si j'y suis» sur France Inter.

Quel est le livre que vous aimez relireAutoportrait en vert de Marie NDiaye

Quel film vous fait pleurer? Désolée, généralement les films ne me font pas pleurer.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez vous? Une femme, dont je suis fière

A qui n'avez-vous jamais osé écrire? A Paul Auster, pour lui décrire une coïncidence, une histoire bizarre qu'il pourra consigner dans son carnet rouge.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe? La Sibérie

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche? La photographe Jessica Backhaus et l'artiste dessinatrice Cornelia Hesse-Honegger, sa démarche est très scientifique et différente de la mienne. J'apprécie son questionnement et ses dessins précis et filigranes.

Qu'aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire? Des objets trouvés

Que défendez-vous? L'interrogation, le questionnement face à soi-même, aux autres, à notre quotidien et à la vie si belle et si absurde.

Que vous inspire la phrase de Lacan: «L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas»? Cela correspond plutôt à l'état amoureux.

Enfin que pensez vous de celle de W. Allen: «La réponse est oui mais quelle était la question?» La réponse, à chacune et chacun de la trouver, quelle que soit la question.