28/05/09


Visite d’un atelier.
Par Philippe Fretz

D’abord, on passe une porte molletonnée, qui nous isole du bruit de la menuiserie attenante, puis une autre.
Je reste debout tout le temps de la visite, me servant d’un appareil de photo numérique, pour prendre des vues d’ensemble du lieu et de fragments.
Nous sommes à l’ancienne usine Kugler, à la Jonction du Rhône et de l’Arve.


La première fois que j’ai vu mon hôte, il peignait un immense insecte, une abeille, je crois.
Il peignait lentement et avec soin comme un chercheur en entomologie et pourtant d’une manière que je qualifierais d’expressive.
Je me souviens de ses jaunes cadmium, et de ses terres vertes, de l’imbroglio des antennes et des pattes et en même temps je découvrais un champ de pensée, organisé comme une ruche, dont la rigueur m’étonnait. Je percevais aussi, le drame du collectionneur d’insectes, forcé d’épingler et de vouer à l’immobilité l’objet volatile et par nature insaisissable de la beauté qu’il poursuit.

L’atelier me rappelle à ces premières impressions, et aux différentes conversations qui ont ponctué notre amitié. Cette fois je suis entouré d’objet hétéroclite tous encré dans une large palette de gris, allant du noir d’ivoire au blanc de titane un passant par toutes les nuances mates de l’anthracite et les reflets graisseux du métal. La lumière semble venir du matin et se faufile à travers les bus TPG de l’entrepôt voisin.

Je vois se jouer un drame en apesanteur. La civilisation de la violence a rendu son dernier souffle, les barbaries sont commises une fois pour toutes, le silence plane partout, Tacite dirait, ils appellent cela la paix, mais ils ont fait un désert.

L’atelier est un premier refuge d’où l’on peut envisager une reconstruction ; Une base-vie.
Le bois carbonisé sert d’outil à dessiner pour élaborer les nouveaux plans, les ruines offrent des interstices aux rescapés pour le repos et des vanités propices à la méditation. Les boîtes noires découvertes dans les décombres sont utilisées pour recevoir des projections.
La sciure est abondante, l’eau impure et plus chargée en plomb que les anneaux de saturne, mais elle paraît bonne pour la pâte à papier, j’aperçois une agrafeuse chargée sur la table.

Maintenant il va falloir faire un livre.