Au Prestige Gourmand

Je me rends au Prestige Gourmand avec Toute ma vie j’ai été une femme de Leslie Kaplan. Il y a là-dedans l’histoire irrésistible d’une femme qui se promène nue sous son manteau. Elle fait tout. Elle va au marché. Elle va boire un café. Elle prend le métro (et même elle s’assied dans le métro). En plus, elle va à ses cours du soir toute nue sous son manteau. Je reviens volontiers à la rue Dancet. J’aime son côté courageux. Quand mes enfants étaient petits, je l’empruntais pour les amener à la crèche. Il y a ici des magasins ouverts envers et contre tout, comme ce merveilleux magasin de bricolage que je peux voir depuis ma place. Si on faisait sauter l’îlot central de la rue, dévolu aux places de parc, un jardin pourrait s’étaler là. On y verrait fleurir des courgettes. Un vol d’amies tintinnabulantes se pose autour de la table à côté de la mienne. Franges, pompons, rubans, galons, surpiqûres et incrustations brillantes, elles sont un hommage au secteur de la passementerie. Elles commandent des renversés avec des croissants, parlent de leurs enfants. D’après les derniers rapports scolaires, l’adolescente de celle-ci serait dissipée.
– Oh, tu sais, diagnostique sa voisine, ta fille, elle vit sur la planète Mars.
– Et elle passe ses vacances sur Jupiter, dit une autre.
– Et ses parents sont originaires de Mercure, précise une troisième avec un regard appuyé vers la mère.
– En plus, elle fréquente un garçon qui vient de Pluton, complète la dernière.
Je sirote mon expresso en replongeant dans mon livre. Leslie Kaplan précise que la femme va même chez son psy, toute nue sous son manteau.