Tout en bas

Tout en bas nous avons les gros livres, les livres de culture, les atlas. Si nous avions des dictionnaires, nous les mettrions là. Nous aimons les dictionnaires mais nous ne nous sommes pas encore décidés pour l’un ou pour l’autre. Le dictionnaire culturel ? Le dictionnaire historique de la langue française ? Si nous avions des encyclopédies, nous les mettrions là. Nous aimons les encyclopédies mais nous ne nous sommes pas encore décidés pour l’une ou pour l’autre. L’encyclopédie des religions ? L’encyclopédie des arts ? Tout en bas, nous avons également rangé les livres d’artisanat, mais seulement jusqu’à un certain point. Les livres carrément techniques, par exemple sur la construction (système de ventilation, chauffage, toiture, sanitaires), sont restés dans les cartons. La limite peut sembler claire, elle ne l’est pas. Que faire, par exemple, d’un livre sur la construction de murs en pierre sèche ? Si je promène mon regard sur ces tranches, je vois passer ma vie et celle de mon mari, nos pics culturels, nos flammes. Voici un livre sur le vitrail, un autre sur la céramique, puis c’était le papier mâché, la peinture sur soie, la broderie… À chaque fois, je m’étais imaginé que la flamme donnerait un feu. Je me voyais déjà dans mon futur atelier, penchée sur mon travail, entourée de mon outillage, de mes matériaux, d’un chat ou deux, vêtue d’un pull à col roulé en grosse laine. Je pensais aussi acquérir la main verte, apprendre à jouer du piano, comprendre l’univers. Toutes ces compétences sont restées enfermées, tout en bas, en un condensé de rêves avortés.