Nulle part

Ça y est, je n’ai rien à lire. Le soir, je me couche sans entrain. Le matin, je prends mon petit-déjeuner en relisant le Bon à savoir. Ces transitions entre veille et sommeil, le pain au chocolat du goûter, un trajet en train, la parenthèse d’une salle d’attente, mes moments de pause lecture n’ont plus le même charme. Difficile d’expliquer cette vacance alors que mon appartement est plein de livres que je n’ai pas encore lus, certains délibérément présélectionnés. Il y a aussi cette liste de livres recommandés par des amies ou prescrits par des journalistes. Mais, à peine refermé, un livre aimé fait exploser la pile et la liste. Il est impossible de revenir aux envies d’avant pendant que mon inconscient digère le livre aimé. Je n’ai rien à lire.

Pourtant je ne voudrais pas retourner trop vite à cet état suspendu où plus rien n’a réellement d’importance comparé à la relation entre Winter et Alex. Winter est née en Inde au début du dix-neuvième siècle d’une mère britannique et d’un père espagnol. Les deux sont morts, elle en couche, lui du choléra. L’orpheline de dix-sept ans est confiée à Alex, un officier de l’armée britannique, pour qu’il la convoie jusqu’à la demeure de son futur époux, un homme affreux adepte de la bouteille. S’ensuivent de nombreux rebondissements. J’ai rebondi avec tout en sachant l’histoire habilement narrée et issue de l’imagination d’une auteure à succès, M. M. Kaye. Pendant cinq jours, j’ai comploté contre le temps pour finir le livre. Me voyant moins active que d’habitude, les membres de ma famille m’ont déclarée malade. Je ne les ai pas détrompés. Toutes les ruses pour avoir la paix me semblaient justifiées. Et maintenant voilà, bien fait pour moi, j’ai fini le livre.