Sur l’île déserte

Alors que j’étais en visite dans une classe du cycle d’orientation pour y présenter un de mes bouquins, une élève m’a demandé quel livre j’emmènerais sur une île déserte. Calvin et Hobbes, ai-je choisi, de Bill Watterson. Le talent de ce petit garçon pour donner vie à son tigre en peluche me semble des plus utiles en cas de solitude prolongée. J’ai retourné la question à la jeune fille. Robinson Crusoé, m’a-t-elle répondu, pour m’inspirer de ses trucs de survie. Mike Horn ! a renchéri une autre. À partir de là tout le monde s’est mis à parler en même temps. Selon toute logique, ce devait être un livre qu’on avait déjà lu, par exemple un bon vieux Hunger Games de Suzanne Collins ou un bon vieux Cherub de Robert Muchamore. Sans ça, impossible de savoir si on aimerait le relire indéfiniment. Les seize albums des Mondes d’Aldébaran, a-t-on suggéré au fond de la classe. Exclu, ont réagi des camarades, sur l’île déserte on n’aura le droit qu’à un seul volume par personne. D’ailleurs, les bandes dessinées sont bien trop lourdes. Certes, mais alors que fait-on de mon Calvin et Hobbes ? J’ai plaidé sa cause, étant donné qu’il n’a pas de couverture cartonnée. De toute manière, a-t-on décidé, on peut tout à fait prendre plusieurs livres avec soi dans le bateau et faire le choix final juste avant le naufrage en éliminant les plus lourds. Quid alors de celles et ceux qui changeraient d’avis pendant le voyage au sujet de leur livre préféré ? Il arrive que l’on parte avec une valise pleine de vêtements pour finalement ne rien avoir à se mettre, dit une jeune fille. Sur les bateaux de croisière, proposa-t-on, il y a toujours une bibliothèque remplie de livres laissés par les passagers. Si c’est comme dans les hôtels, alors on y trouvera surtout du Stephen King et du Ken Follett, ai-je indiqué en essayant de couvrir le brouhaha. Ces auteurs leur étant largement inconnus, il a fallu les remplacer par Suzanne Collins et Robert Muchamore. La question de l’éloignement entre la bibliothèque de bord et les canots de sauvetage s’est alors posée. Fallait-il avoir emprunté les livres par avance ou pouvait-on le faire pendant l’évacuation du navire ? Une jeune fille s’est animée à ce moment de la discussion et a décrété que si Suzanne Collins ou Robert Muchamore étaient eux-mêmes passagers sur le bateau de croisière, ils pourraient continuer à écrire sur l’île, ce qui serait beaucoup plus efficace pour tout le monde. Et durable.