À propos
En 1973, la dictature militaire m’a expulsée du Chili avec ma famille et m’a empêchée d’y revenir. Pendant l’exil, mes grands-parents maternels, retournés au pays, envoyaient régulièrement à mon frère et à moi des cartes postales représentant des paysages chiliens, dans un élan désespéré pour nous transmettre quelque chose de notre culture. Je les ai collectionnées dans des albums. Même si nous avons changé plusieurs fois de pays de résidence pendant mon enfance, je les ai conservées comme un trésor. En 2026, j’ai rendu visite à ma mère au Chili. Avec Stéphane Fretz, nous avons pris, comme tout le monde, des centaines de photographies à partir desquelles j’ai créé une nouvelle collection de cartes postales. Elles reprennent les codes graphiques et narratifs des cartes de mes grands-parents, et proposent des vues banales d’un pays qui, cette fois-ci, coexiste avec moi, dans la ville, sur les marchés, avec les survivants pendant leurs rituels de mémoire, parmi les peuples autochtones, et, souvent, face à la nature. Chaque vue évoque un être qui s’est absenté de ma vie, une anecdote que je n’ai pas vécue, un changement auquel je n’ai pas eu de part. J’ai fait un rêve dans lequel j’avais réalisé des sculptures en plâtre, recouvertes sur une face de cartes postales similaires, que j’ai nommées les totems de mon absence.
Marisa Cornejo crée 205 cartes postales dans le cadre de l’exposition «Taller de la fragilidad» à Halle Nord Genève en septembre 2026; art&fiction propose ici un carnet de 10 cartes sélectionnées au hasard parmi cette collection. Ce projet est une coproduction de Halle Nord, Marisa Cornejo Studio et art&fiction.




Marisa Cornejo est une artiste d’origine chilienne qui vit et travaille en Suisse. Née en 1971 à Santiago dans une famille de militant·es communistes, elle est contrainte de quitter le pays avec sa famille en 1973, après le coup d’État de Pinochet. Pendant son exil, elle vivra successivement en Argentine (1973–1976), en Bulgarie (1977–1978), en Belgique (1978–1980). Elle se fixe finalement au Mexique, où elle se formera à la danse contemporaine (au Taller Coreográfico, Universidad Autónoma de Puebla et au Ballet Nacional de México), ainsi qu’aux arts visuels, à l’Universidad Nacional Autónoma de México. Elle collabore alors avec le collectif d’artistes de La Panadería, qui organise des expositions pour de jeunes artistes. C’est à cette période qu’elle découvre le potentiel narratif des rêves et commence à faire des siens la source fondamentale de son inspiration artistique. En 1998, elle émigre en Angleterre, se marie et devient mère de deux filles, avant de donner naissance à un fils en Belgique. La famille s’installe près de Genève en 2005. À l’occasion d’un Master en arts visuels à la Haute école d’art et de design achevé en 2014, l’artiste entame un travail de recherche sur la thématique de la mémoire et de la migration forcée, directement inspiré de son histoire personnelle. Son travail prend alors la forme de performances dans lesquelles les archives sont convoquées et réactivées.
En 2013, elle publie un premier recueil chez art&fiction, rassemblant une sélection de dessins de ses rêves, intitulé I am, qui lui permet de revisiter son identité fracturée par l’exil. À travers son inconscient mis en images, l’artiste retrace une histoire à la fois intime et universelle qui lui permet de visibiliser les enjeux existentiels qui l’habitent depuis l’enfance. Son travail sur les archives trouve un double achèvement en 2023, avec la publication de L’empreinte. Une archive d’artiste soustraite au terrorisme d’État (art&fiction, 2023) et la première présentation de son installation vidéo La Huella à Genève dans le cadre de l’exposition No memorials au Commun. Cette même année, son travail est distingué par le Prix de la Fondation Francine Delacrétaz et, en 2024, par un Swiss Art Award. Marisa Cornejo a exposé en Suisse et à l’international, dans des expositions personnelles et collectives, notamment au Helmhaus Zürich (2025), à la Maison Tavel / MAH Genève (2025), chez Lovay Fine Arts à Genève (2024), au Centro Nacional de Arte Contemporáneo à Santiago du Chili (2023) et aux Gallatin Galleries à New York (2023). En 2025, elle effectue une résidence à la Villa Numa de La Chaux-de-Fonds, à l’invitation du Musée des Beaux-Arts.
Informations
- N° 379G
- Auteur·rice·s
- Graphisme Indoors
- Format 10,5 x 14,8 cm
- Pages 10
- Impression numérique
- Genre cartes postales
- Collection Goodies, Pacific//Terrain
- Date de parution 3 septembre 2026
- Prix CHF 15.00